« Comment ? Vous n'avez pas de verres de couleur ? Des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? Impudent que vous êtes ! Vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n'avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! »

(Ch. Baudelaire, « Le Mauvais vitrier », Le Spleen de Paris, 1864)


 
 
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   La transparence, thème récurrent dans l’histoire de l’art occidentale, est le motif central qui rythme la création de l’artiste Danielle Martin-Troulay. La notion même de transparence incarne une multitude de valeurs diverses, tant artistique que politique ou philosophique. Elle peut signifier la vérité, la surveillance et l’utopie. Elle peut révéler le divin lorsqu’elle permet à la lumière d’embraser les couleurs des vitraux d’églises, censées rappeler aux fidèles le scintillement de la Jérusalem céleste. La transparence, c’est aussi l’étymologie de la perspective de la Renaissance - perspicere qui veut dire « voir à travers » - que développe la fenêtre d’Alberti ou de Dürer. La transparence fascine encore et toujours les artistes, des avant-gardes du XXe siècle à l’art contemporain du XXIe siècle.


 

   C’est cet idéal de transparence que portent les œuvres de Danielle Martin-Troulay. L’artiste joue de la diaphanéité de l’altuglas traversé par la lumière, diaphanéité au sens d’Aristote, celle qui permet de révéler la matière et de rendre visible les couleurs, celle qui écarte l’opacité du monde. C’est la transparence qui régente toute l’œuvre ici : la lumière qu’elle laisse passer modifie, renouvelle ou transfigure, selon sa course, ses variations et sa portée, les structures complexes de formes, de couleurs et de textures. Les vibrations optiques ainsi engendrées nous rappellent l’instabilité et l’ambiguïté du réel. Un mouvement anime ces œuvres. Il se niche dans la métamorphose des ombres et des reflets, dans l’apparition ou l’effacement.
  Déliées, graciles, ondulantes ou rectilignes, d’une géométrie rigoureuse que nuance parfois les caprices de l’asymétrie, les formes se juxtaposent ou se répondent, se découpent ou se combinent dans la fragilité de la lumière. Mais pas seulement. Ces œuvres sont aussi protéiformes selon les points de vue. Elles invitent aux déplacements. On tourne autour comme le fait la lumière.



 
  Superpositions ou assemblages, couleurs froides et chaudes, jeux de pleins et de vides réglés par la transparence, la force des œuvres de Danielle Martin-Troulay nait de ses contrastes et de ses échanges qui lui donnent toute sa vigueur et sa puissance. Sous leur apparente simplicité, elles sont remarquablement structurées et procèdent d’une recherche sophistiquée du rythme et des qualités intrinsèques de ce matériau contemporain, l’altuglas.